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Comment habiter aujourd’hui ?


> ENSAPBX (FR) sous la direction d’Alain Arvois docteur en science politique
> Juin 2006
> Julie Heyde
> Illustration Campagne d’hiver Fondation Abbé Pierre

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Est-il toujours possible d’habiter aujourd’hui ? Voici la question par laquelle j’ai commencé ma réflexion sur la problématique de l’habiter aujourd’hui dans nos métropoles. Au travers d’un premier travail (présenté en annexe), j’ai tenté d’apporter des pistes de réponse en m’appuyant sur un texte de Martin Heidegger « Bâtir, Habiter, Penser » tiré de « Poetry, Language, Thought » écrit en 1971, pour approcher le terme ‘habiter’. Mon attention s’est ensuite portée sur la notion de sans abri ou plutôt de l’âme sans logis au travers du livre « The homless mind » de Peter L. Berger, Brigitte Berger et Hansfried Kallner écrit en 1973. J’en suis venue à me questionner
sur la nature de ce mal. Est-ce un mal de l’esprit ou bien est-ce une réalité physique ? De cette nouvelle interrogation a émergé la question de la relation entre l’espace privé et l’espace public. Le livre d’Hannah Arendt « The Human Condition » écrit en 1958 m’a servi de référence dans cette recherche. À l’issue de cette première partie, ce travail confronte deux exemples construits au travers du thème de l’identité. La maison Moller d’Adolph Loos, 1928 (architecture de masque) et la maison Benjamin en Inde en 2000 de MGA (régionalisme critique) sont ces deux exemples. Ce travail conclu à la possible condition d’habiter dans le sens où il existe des espaces physiques pour abriter notre vie privée mais que l’esprit dispersé dans nos métropoles génère le mal spirituel qu’est ‘the homeless mind’.

Aujourd’hui la question de l’habiter et le mal-aise qui existe dans les métropoles me touchent et me questionne toujours autant. Pourquoi les villes sont-elles synonymes de peur, d’aliénation, d’anonymat, de pollution… alors qu’elles pourraient être synonyme de partage, de richesse, de culture, de plaisir… ? Il me semble que réfléchir à comment habiter ces villes autrement pourrait entamer un processus de ré humanisation de ces dernières. Ainsi, dans la continuité du travail précédent, j’aimerais porter mon travail et mes réflexions sur la question : Comment habiter aujourd’hui la métropole ?
Nous savons aujourd’hui que la majorité de la population mondiale tend vers la sphère urbaine. Les chiffres parlent. En 1950, 29% de la population mondiale était urbaine. En 1965, elle était de 36%, en 1990, elle était de 50% et on peut penser qu’elle sera de 60% en 2025. Quelles alternatives pouvons-nous offrir aux habitants des métropoles pour abriter leurs esprits et répondre à leurs besoins d’Hommes urbains ?

Mon travail se décompose en deux parties. La première partie entreprend un constat sur nos modes d’habiter aujourd’hui et la seconde en s’appuyant sur les constats de la première partie tente de trouver des voix de réflexion pour avancer sur le sujet.
Il s’agit pour commencer de se familiariser avec le terme habiter et d’en cerner les différentes dimensions. Émergent alors différents états de l’habiter : l’habiter matérialisable, l’habiter dialogue et l’habiter enjeux sociaux identitaires. Cette constatation m’offre ensuite une grille d’analyse pour regarder les formes d’habiter que nous développons aujourd’hui. Je distingue quatre formes dominantes, les mal logés, les hors la ville, les apeurés et les “ville-ageois”. Le but est ici de comprendre comment chacune de ces traductions spatiales réagit aux trois dimensions de l’habiter. Par la suite ces quatre familles seront lues au travers d’un filtre politicoéconomique pour comprendre comment le système réagit à nos trois
dimensions de l’habiter. Le but de cette première partie étant de mettre en avant les dysfonctionnements actuels afin de cerner le terrain d’action.
La deuxième partie se posera alors la question “Habiter concret, habiter abstrait, comment rétablir l’équilibre ?”. La piste du développement durable et l’observation d’expériences passées et contemporaines me donneront matière à une première tentative de réponse qui proposera des pistes de réponse plutôt que des réponses toutes faites.
Finalement j’espère constituer ici une base solide pour permettre la projection
d’espaces urbains de qualité à fort potentiel habitable.